Ventiler juste : confort, acoustique et énergie
Un bâtiment bien isolé et bien étanche ne se ventile plus tout seul. C'est le revers de la rénovation énergétique : en changeant les fenêtres et en isolant les façades, on supprime les fuites d'air qui assuraient, mal mais gratuitement, le renouvellement de l'air. Si rien ne prend le relais, l'humidité monte, les taches noires apparaissent dans les angles froids et le gaz carbonique s'accumule dans les chambres. La ventilation n'est pas un supplément de confort : c'est la contrepartie technique de l'étanchéité.

Pourquoi la ventilation devient inévitable en rénovation
La norme SIA 382/5:2021, qui remplace le cahier technique SIA 2023:2008, ne vise que les bâtiments d'habitation. Elle y fixe les repères de dimensionnement : 30 m³/h d'air fourni par pièce (tableau 2 du chiffre 5.2.4.2), et 50 m³/h d'air repris en fonctionnement continu pour l'ensemble de l'unité d'habitation (tableau 3 du chiffre 5.2.5.1), les locaux en zone de transit étant traités à part. Bureaux, restaurants et parkings relèvent d'autres bases, à commencer par la SIA 382/1.
Elle introduit aussi un facteur d'infiltration qui dit tout du problème : 1,3 en construction neuve, 1,5 en rénovation lorsque la perméabilité de l'enveloppe n'est pas connue. Attention au sens de la majoration : le facteur porte sur l'air repris, qui doit dépasser la somme des débits d'air neuf amenés par les bouches, parce qu'une part de l'air entre par les inétanchéités de l'enveloppe. La norme admet ainsi qu'un bâtiment rénové reste moins étanche qu'un neuf, et que le système doit en tenir compte plutôt que de compter sur lui. Retenir 1,3 sur une rénovation est une dérogation à justifier, pas un choix libre.
Deux règles de méthode s'y ajoutent : dans une même unité d'utilisation, la simultanéité vaut 1,0 (chiffre 5.4.1.4), donc le bilan se fait sur le débit plein ; pour une installation collective à plusieurs allures, elle est comprise entre 0,7 et 1,0 (chiffre 5.4.1.5) et doit être convenue par écrit avec le maître d'ouvrage.
Trois situations déclenchent la discussion : une rénovation d'enveloppe avec fenêtres neuves, où les défauts d'étanchéité disparaissent d'un coup ; une division ou une surélévation qui crée des cuisines et salles d'eau borgnes ; un label Minergie, qui impose un renouvellement d'air contrôlé et vérifié.
Le cas le plus fréquent reste le plus banal : un propriétaire qui a isolé, changé les fenêtres, et qui découvre deux hivers plus tard de la condensation dans les chambres. Le bilan thermique permet d'anticiper : c'est là que le facteur d'infiltration et le concept de ventilation entrent dans le calcul, avant les travaux et non après.
Ce que dit le droit vaudois
Le règlement d'application de la loi vaudoise sur l'énergie traite la ventilation à son article 35, avec deux seuils à connaître.
| Situation | Conséquence |
|---|---|
| Débit d'air extrait dès 1'000 m³/h par bâtiment | Autorisation du service cantonal requise |
| Au-delà de 1'000 m³/h et 500 heures par an | Récupération de chaleur et amenée d'air neuf contrôlée obligatoires |
| Toute installation à double flux | Récupération de chaleur performante exigée |
Le seuil de 1'000 m³/h se franchit plus vite qu'on ne le croit : il s'entend par bâtiment, pas par appartement. Un immeuble de dix logements avec une simple extraction de cuisines et de salles d'eau y est déjà. À Lausanne, l'assainissement d'un immeuble locatif de dix logements de 1912 s'est fait avec une extraction de 900 m³/h et un ventilateur en combles pour 700 m² ventilés, formulaire EN-VD-4 à l'appui. À Genève, la rénovation de l'attique et la surélévation d'un immeuble de sept étages ont demandé une extraction de 3'920 m³/h en toiture pour les logements, le commerce et le parking.
Le même règlement fixe, à son article 35a, des vitesses d'air maximales dans les réseaux de gaines. Disposition en apparence technique, mais aux effets très concrets : elle interdit de compenser un manque de place par des gaines étroites et un ventilateur plus puissant. Une gaine sous-dimensionnée, c'est une consommation électrique permanente, du bruit dans les logements et un dossier qui ne passe pas. Nous dimensionnons donc les réseaux avant de figer les faux plafonds avec l'architecte, jamais l'inverse : c'est la hauteur libre disponible qui se négocie sur le plan, pas la section des gaines sur le chantier. Le dossier d'enquête comporte le formulaire EN-VD-4, que nous établissons avec le reste du dossier énergie (formulaires EN-VD).
Simple flux, double flux ou hybride : comment nous choisissons
Il n'y a pas de bonne réponse universelle. Le choix dépend du bâtiment, de son usage, de la place disponible pour les gaines et de ce que le propriétaire est prêt à entretenir.
Simple flux par extraction
Un ventilateur extrait l'air vicié des cuisines et des salles d'eau ; l'air neuf entre par des bouches en façade. C'est simple, peu encombrant, robuste, et souvent la seule solution réaliste dans un immeuble ancien sans vide technique. Le prix à payer : l'air neuf entre à la température extérieure, et la récupération de chaleur n'est possible qu'indirectement — à Prilly, nous récupérons la chaleur de l'air extrait sur la pompe à chaleur géothermique.
La régulation change beaucoup de choses : une extraction hygroréglable ou pilotée par la teneur en gaz carbonique ne tourne à plein débit que lorsque c'est nécessaire. Sur un immeuble de 47 logements de 1959 au Petit-Saconnex, à Genève, l'extraction est régulée par des registres à débit variable pilotés par la mesure de gaz carbonique : le confort suit l'occupation réelle, et la consommation des ventilateurs avec.
Double flux avec récupération
Deux réseaux — air neuf et air extrait — se croisent dans un échangeur qui transfère la chaleur de l'air sortant à l'air entrant. C'est la solution la plus performante et la seule qui filtre l'air neuf, donc la plus pertinente en bord de route. Elle demande deux réseaux de gaines, une centrale, une évacuation des condensats et un entretien régulier des filtres.
Quelques ordres de grandeur de nos dossiers : 580 m³/h pour une villa neuve à Grandvaux, avec batteries chaud et froid ; 700 m³/h pour une résidence rénovée et agrandie à La Tour-de-Peilz, sur 510 m² ventilés ; un monobloc à récupération enthalpique — qui transfère aussi une part d'humidité, ce qui évite l'air trop sec en hiver — pour un immeuble neuf de cinq appartements en PPE à Lausanne.
Hybride
Extraction mécanique complétée par une ouverture des fenêtres : cette voie fonctionne bien dans des locaux occupés par intermittence, où une installation complète serait surdimensionnée et coûteuse à exploiter. Pour un collège de 707 m² transformé en accueil parascolaire à Morges, nous avons retenu une extraction de 970 m³/h combinée à l'ouverture des fenêtres. Pour une tribune transformée en pôle d'activités pour la jeunesse à Yverdon-les-Bains, la demande initiale était une ventilation purement naturelle ; l'avant-projet a comparé cette option avec un double flux hybride de 1'875 m³/h, chiffres en main.
L'acoustique : le premier motif de plainte
Une ventilation mal réglée ne se voit pas, elle s'entend. Les sources se traitent toutes à la conception : le bruit propre du ventilateur, le bruit régénéré par une vitesse d'air excessive dans les gaines et les bouches, la transmission entre deux pièces par le réseau — un conduit qui relie deux chambres est un excellent tube acoustique — et les vibrations transmises par la structure.
Nos règles : vitesses d'air modérées, sections généreuses plutôt que ventilateur surpuissant, silencieux aux bons endroits, pièges à son entre locaux, plots antivibratoires et manchettes souples aux raccordements, et un débit réglé bouche par bouche à la mise en service. Une installation non équilibrée est bruyante là où elle souffle trop et inefficace là où elle ne souffle pas assez.
Cuisines professionnelles, parkings, désenfumage
- Cuisines professionnelles : hottes avec séparateurs de graisse, compensation d'air neuf, réseau accessible au nettoyage, et coordination avec l'extraction des logements pour éviter les odeurs dans les cages d'escalier. Sur un immeuble mixte de Genève comprenant dix logements, six bureaux et un restaurant, la ventilation du restaurant et de sa cuisine a été traitée avec récupération de chaleur sur l'air extrait.
- Parkings souterrains : débits de base et détection des polluants pour ne ventiler à plein que lorsque c'est nécessaire. Pour huit villas neuves sur un parking souterrain commun à Trélex, la ventilation est pilotée par une détection de monoxyde de carbone et d'oxydes d'azote.
- Désenfumage : c'est de la sécurité incendie, pas du confort, avec ses propres exigences de tenue au feu, d'alimentation de secours et de contrôle périodique. Nous l'avons traité sur un centre commercial de six niveaux en exploitation en région lausannoise, avec sprinkler.
Subventions et Minergie
Dans le canton de Vaud, le Programme Bâtiments soutient l'installation d'une ventilation double flux (mesure M-09) à hauteur de 2'400.– par logement, à condition que l'enveloppe atteigne une classe CECB A à C ou que le bâtiment soit certifié Minergie. La logique est cohérente : la récupération de chaleur n'a d'intérêt qu'une fois l'enveloppe traitée. Cela signifie aussi que la demande se prépare avec le CECB, avant les travaux, et non à la fin du chantier.
Pour un projet Minergie, la ventilation est une pièce centrale du dossier de certification : débits, récupération, consommation des ventilateurs et étanchéité du réseau sont vérifiés. Nous avons mené ce type de dossier sur un immeuble neuf de 15 logements à Saint-Prex et sur une rénovation Minergie d'immeuble à Pully. Le bureau est membre de l'association Minergie.
Selon la phase, nous livrons le concept et les débits par local, les schémas de principe, les plans de gaines coordonnés avec la structure, le calcul acoustique, le formulaire EN-VD-4, les cahiers de soumission et le comparatif des offres, les plans d'exécution, puis le réglage des débits et la réception. Nous ne vendons aucun matériel : le choix de la centrale résulte du calcul et de la mise en concurrence (appels d'offres et direction des travaux).
Questions fréquentes
Quel débit faut-il pour un appartement ?
Pour un logement, la SIA 382/5:2021 donne 30 m³/h d'air fourni par pièce (tableau 2 du chiffre 5.2.4.2) et, côté air repris, 50 m³/h en continu pour l'ensemble de l'unité d'habitation, avec des valeurs par local — 30 m³/h pour une salle de bains en continu, 50 en marche-arrêt (tableau 3 du chiffre 5.2.5.1). Ce n'est qu'un point de départ : le débit réel dépend des locaux humides à extraire, du régime de fonctionnement et du facteur d'infiltration appliqué à l'air repris. Nous le calculons local par local, puis nous le mesurons à la mise en service.
Une extraction simple flux suffit-elle ?
Souvent oui dans un immeuble existant, si l'amenée d'air neuf est maîtrisée et si le bâtiment n'est pas exposé au bruit extérieur. Elle ne permet ni récupération de chaleur directe ni filtration de l'air neuf. Au-delà de 1'000 m³/h et 500 heures par an, le règlement vaudois exige de toute manière une récupération de chaleur et une amenée d'air neuf contrôlée.
Un double flux est-il bruyant ?
Bien dimensionné, non : il est en général plus silencieux qu'une fenêtre ouverte sur la rue. Le bruit vient de gaines trop petites, d'un ventilateur poussé pour compenser, de l'absence de silencieux ou d'un réseau non équilibré. C'est un problème de conception, pas de technologie.
Faut-il une autorisation pour installer une ventilation ?
Dans le canton de Vaud, dès 1'000 m³/h d'air extrait par bâtiment, une autorisation du service cantonal est requise. En dessous, l'installation s'inscrit dans le dossier du permis via le formulaire EN-VD-4 quand il y a une mise à l'enquête. À Genève, la procédure est propre au canton.
Quel entretien faut-il prévoir ?
Le remplacement des filtres une à deux fois par an sur un double flux, un contrôle des débits et un nettoyage périodique du réseau. Une installation dont les filtres ne sont pas changés perd son débit et finit par être débranchée par les occupants — ce que nous constatons régulièrement lors d'audits. L'accessibilité des filtres est donc un critère de conception, pas un détail.
La ventilation double flux fait-elle de l'air sec ?
Elle peut assécher l'air en hiver, surtout si le débit est réglé trop haut. Deux réponses : régler les débits sur les besoins réels plutôt qu'au maximum, et choisir un échangeur enthalpique qui transfère une part de l'humidité de l'air extrait vers l'air neuf, comme sur l'immeuble neuf en PPE que nous avons équipé à Lausanne.
Condensation, air lourd, dossier de permis à compléter ou label à atteindre ? Décrivez-nous le bâtiment : nous calculons les débits, nous vérifions les seuils réglementaires et nous proposons le système proportionné. Demander une offre · Nous appeler au +41 79 257 46 00. Contact.
Mise à jour : 2026-09-19