Ventilation obligatoire ? Ce que disent les normes quand on isole
« La ventilation mécanique est-elle obligatoire ? » La réponse courte est non : aucun texte vaudois n'impose de poser une ventilation dans un logement existant. La réponse utile est plus gênante. Dès que vous remplacez les fenêtres et isolez les façades, le bâtiment cesse de respirer par ses défauts, et l'humidité produite par les habitants doit sortir. La ventilation n'est alors plus une obligation juridique : c'est une obligation physique.

Nous voyons ce problème tous les ans, dans le même ordre : fenêtres neuves à l'automne, condensation en décembre, taches noires dans l'angle d'une chambre en février, un locataire qui écrit à la régie.
Ce que le droit vaudois impose réellement
Le règlement d'application de la loi vaudoise sur l'énergie (RLVLEne) traite la ventilation à son article 35, avec deux seuils à connaître :
- une autorisation du service cantonal est requise dès 1'000 m³/h d'air extrait par bâtiment ;
- au-delà de 1'000 m³/h et 500 heures de fonctionnement par an, la récupération de chaleur et une amenée d'air neuf contrôlée sont obligatoires.
Et dans tous les cas, une installation double flux doit être équipée d'une récupération de chaleur performante : on ne pose pas une centrale à double flux pour souffler de l'air froid.
Ces seuils concernent l'installation, pas la décision d'en poser une. Un immeuble locatif lausannois de dix logements de 1912 que nous assainissons extrait 900 m³/h par un ventilateur en combles : juste sous le seuil, mais le formulaire EN-VD-4 fait partie du dossier d'enquête. Même non soumise à autorisation, une ventilation se justifie dans le dossier de permis.
Minergie impose par ailleurs une ventilation contrôlée dans tous ses standards, sans exception. La norme SIA 180 traite du climat intérieur et de la protection contre l'humidité ; la SIA 382/1 fixe les bases générales des installations de ventilation.
Le vrai déclencheur : l'étanchéité à l'air
Une famille de quatre personnes libère plusieurs litres d'eau par jour : respiration, douches, cuisine, linge qui sèche. Dans un bâtiment d'avant 1980 aux fenêtres en bois, cette eau part par les joints, en permanence et gratuitement. Un triple vitrage neuf ferme ce chemin.
L'humidité relative monte alors vers 60 ou 70 % en hiver. Elle se condense sur le point le plus froid de la pièce, qui n'est plus la fenêtre — devenue chaude — mais l'angle non isolé d'un mur de façade, le linteau, la tablette derrière un meuble. Les moisissures apparaissent là quelques semaines après les travaux, et la discussion sur la responsabilité commence.
L'aération manuelle tient sur le papier : trois à quatre ouvertures complètes par jour, cinq minutes, fenêtres en grand. En pratique, personne ne le fait à 7 h du matin en janvier, et on ne peut pas l'exiger d'un locataire. Nous posons donc la question de la ventilation dans le même mouvement que l'enveloppe : voir valeurs U et isolation.
Les débits : ce que demande la SIA 382/5:2021
La norme SIA 382/5:2021 « Ventilation mécanique dans les bâtiments d'habitation », qui remplace le cahier technique SIA 2023:2008, sépare deux flux — l'air fourni (pulsé) et l'air repris (extrait) — et deux régimes : fonctionnement continu ou commande marche-arrêt. La plupart des erreurs de dimensionnement viennent de là.
Air fourni, tableau 2 du chiffre 5.2.4.2 : 30 m³/h par pièce, une pièce pouvant servir de chambre à deux personnes ; 0 pour un local situé en zone de transit, traversé par l'air venu des autres locaux.
Air repris, tableau 3 du chiffre 5.2.5.1, en m³/h :
| Local | Continu | Marche-arrêt |
|---|---|---|
| Cuisine en zone de transit | 0 (indépendant de la hotte) | 0 |
| Cuisine hors zone de transit | 20 | 30 |
| Salle de bains ou douche, avec ou sans WC | 30 | 50 |
| WC séparé | 15 | 25 |
| Local à utilisation courte, environ 2 h par jour | 10 | 15 |
| Ensemble de l'unité d'habitation | 50 | – |
En fonctionnement continu, on dimensionne selon les chiffres 5.2.4 et 5.2.5 (chiffre 5.4.1.2) ; en commande marche-arrêt, selon le seul 5.2.5 (chiffre 5.4.1.3).
Le facteur d'infiltration majore l'air repris, pas l'air pulsé
C'est l'inversion que nous corrigeons le plus souvent dans les dossiers. Le chiffre 5.4.2.1.2, équation (1), pose q_v,ETA = f × Σ q_v,ODA : le débit d'air repris doit dépasser d'au moins f fois la somme des débits d'air neuf amenés par les bouches, parce qu'une part de l'air entrant passe par les inétanchéités de l'enveloppe et non par l'installation.
| Situation | f |
|---|---|
| Bâtiment neuf, perméabilité inconnue (chiffre 5.4.2.1.4) | 1,3 |
| Bâtiment rénové ou transformé, perméabilité inconnue (chiffre 5.4.2.1.5) | 1,5 |
| Perméabilité connue (chiffre 5.4.2.1.3, tableau 5) : q_a50 de 0,6 / 1,2 / 1,6 | 1,3 / 1,5 / 1,7 |
Retenir f = 1,3 sur une rénovation est une dérogation qu'il faut justifier — menuiseries remplacées, isolation intérieure, perméabilité mesurée selon SIA 180 chiffre 3.6 — et non un choix libre. Appliquer sans justification le facteur du neuf à une rénovation sous-dimensionne l'air repris d'environ 13 % (1,5 / 1,3 = 1,154).
La simultanéité ne se foisonne pas
À l'intérieur d'une même unité d'utilisation, la simultanéité vaut 1,0 (chiffre 5.4.1.4) : le bilan de puissance se fait sur le débit plein, jamais sur un débit foisonné. Pour une installation collective à plusieurs allures, elle est comprise entre 0,7 et 1,0 (chiffre 5.4.1.5) et doit être convenue par écrit avec le maître d'ouvrage. Admise oralement puis contestée en cours de chantier, elle coûte un monobloc.
Dans une villa neuve à Grandvaux, le double flux est dimensionné à 580 m³/h ; dans un immeuble neuf de cinq appartements en PPE à Lausanne, la centrale est à récupération enthalpique, qui reprend aussi une part de l'humidité de l'air extrait.
Trois solutions, trois budgets
| Solution | Principe | Quand nous la retenons |
|---|---|---|
| Simple flux par extraction | extraction aux locaux humides, air neuf par bouches en façade | immeuble existant, gaines de cuisine et de salle de bains disponibles, budget contenu |
| Double flux avec récupération | air neuf filtré et préchauffé par l'air repris, réseau de gaines | rénovation lourde, Minergie, neuf, confort acoustique et qualité d'air visés |
| Ventilation décentralisée par pièce | appareils individuels à récupération, un par local | logement isolé en PPE, gaines verticales impossibles |
Le choix ne se fait pas sur la technique, mais sur ce que le bâtiment permet : hauteur sous plafond, gaines existantes, accès aux combles, acceptation par la copropriété. En rénovation lourde comme en neuf, ces passages se décident sur les plans de l'architecte, avant le coffrage : une gaine de 200 millimètres qu'on n'a pas réservée devient un faux plafond de trente centimètres dans un couloir, et c'est alors la ventilation qu'on réduit pour sauver la hauteur. Quand chauffage, ventilation et eau chaude relèvent du même mandat, cet arbitrage se tranche une fois, sur un seul jeu de plans — c'est l'objet d'un mandat coordonné. Dans une villa de 1985 à Crissier, la simple flux à récupération de chaleur a suivi l'isolation de la toiture et la pompe à chaleur. Dans un immeuble mixte lausannois de 1946, le double flux fait partie de la rénovation lourde, formulaires EN-VD et dossier CAMAC compris. Dans une villa de 1879 à Clarens, classée CECB enveloppe G, le double flux est étudié avec la pompe à chaleur : isoler une telle enveloppe sans ventiler serait la ruiner.
Le détail des technologies est sur ventilation double flux et qualité de l'air.
La subvention qui change l'arbitrage
Le Programme Bâtiments vaudois soutient la ventilation par la mesure M-09 : 2'400 francs par logement pour une installation à double flux, si l'enveloppe atteint une classe CECB A à C ou si le bâtiment est certifié Minergie.
Le canton ne subventionne pas une ventilation posée dans une enveloppe non assainie. D'où l'ordre des travaux — enveloppe d'abord, ventilation ensuite, CECB établi entre les deux — et le calendrier, la demande devant être déposée avant le début des travaux. Voir subventions vaudoises.
Notre position
Nous ne posons pas une ventilation double flux par principe. Nous calculons air fourni et air repris selon SIA 382/5, nous regardons ce que le bâtiment autorise, et nous disons quand une extraction simple bien réglée suffit. Ce qui n'est pas négociable, c'est de traiter la question avant les fenêtres : un assainissement de moisissures dans un logement occupé coûte bien davantage, litige avec le locataire compris.
Questions fréquentes
Suis-je obligé de poser une ventilation si je change mes fenêtres ?
Juridiquement, non. Techniquement, vous devez garantir un renouvellement d'air suffisant, par aération manuelle disciplinée ou par une installation. Si le logement est loué, la deuxième option est la seule qui tienne devant un problème d'humidité.
À partir de quel débit faut-il une autorisation dans le canton de Vaud ?
Dès 1'000 m³/h d'air extrait par bâtiment, selon l'article 35 du RLVLEne ; au-delà de 1'000 m³/h et 500 heures par an, la récupération de chaleur et une amenée d'air neuf contrôlée sont obligatoires.
Quel débit faut-il pour un appartement de quatre pièces ?
Côté air fourni, la SIA 382/5 donne 30 m³/h par pièce (tableau 2 du chiffre 5.2.4.2), et 0 pour un local en zone de transit. Côté air repris, 50 m³/h en continu pour l'ensemble de l'unité d'habitation, avec des valeurs par local (tableau 3 du chiffre 5.2.5.1). C'est l'air repris, et lui seul, qui est ensuite majoré du facteur d'infiltration — 1,5 en rénovation. Le calcul définitif se fait sur le plan, local par local.
Une ventilation double flux assèche-t-elle l'air ?
Une centrale mal réglée peut donner un air trop sec en hiver ; une récupération enthalpique corrige ce défaut, comme dans l'immeuble neuf en PPE que nous avons mis en soumission à Lausanne.
Peut-on poser une ventilation dans un seul appartement d'une PPE ?
Oui, avec des appareils décentralisés par pièce, à condition de respecter les règles de la copropriété sur les percements de façade. L'accord de l'assemblée est souvent nécessaire ; nous préparons le dossier technique qui le documente.
Faut-il un CECB pour toucher la subvention ventilation ?
Pour la mesure M-09, il faut démontrer une classe CECB A à C pour l'enveloppe, ou une certification Minergie. Le certificat précède la demande, qui précède les travaux.
Michael Zgraggen, ingénieur HES
calcul de l'air fourni et de l'air repris selon SIA 382/5, choix de solution et estimation de l'aide M-09, réponse par un ingénieur.
Mise à jour : 2026-09-19