Énergie

Chauffage électrique dans le canton de Vaud : ce que le décret impose vraiment

Le canton de Vaud a fixé une date : le 1er janvier 2033, les chauffages électriques fixes à résistance et les chauffe-eau électriques doivent avoir été assainis. Le texte s'appelle le décret du 20 décembre 2022 sur l'assainissement des chauffages et chauffe-eau électriques (DACCE, BLV 730.051). Il est en vigueur depuis le 1er janvier 2025 et concerne, selon le canton, environ 22'000 logements vaudois.

Circuit de chauffage et organes de réglage

Cette page explique le décret comme nous l'expliquons à nos clients : qui est concerné, quelles voies sont ouvertes, quelles prolongations existent, et quoi faire maintenant. Nous ne vendons aucun matériel : ce qui suit est une lecture d'ingénieur.

Ce que dit le décret, en trois lignes

Les chauffages électriques fixes à résistance (radiateurs, convecteurs, planchers chauffants électriques directs, chaudières électriques) doivent être assainis d'ici au 1er janvier 2033. Les chauffe-eau électriques, centralisés ou décentralisés, ont la même échéance. Et chaque propriétaire concerné devait annoncer son installation à l'État, obligation qui subsiste même si le premier délai est passé.

Le décret complète la loi vaudoise sur l'énergie (LVLEne), dont l'article 30a interdit déjà le montage et le renouvellement de chauffages électriques fixes à résistance, pour le bâtiment comme pour l'eau chaude sanitaire. On ne peut donc plus remplacer un radiateur électrique fixe par un autre, et il faut planifier la sortie de l'existant.

La nouvelle loi sur l'énergie adoptée par le Grand Conseil le 3 février 2026, dont l'entrée en vigueur est annoncée au 1er janvier 2027, ne change rien ici : selon la FAQ officielle du canton, la situation des chauffages électriques reste inchangée et l'échéance de 2033 est maintenue.

Source : vd.ch, pages « Chauffages et chauffe-eau électriques » et « Loi sur l'énergie : questions fréquentes (2026) », consultées le 18.09.2026.

Qui est concerné

Installation Concernée Voie d'assainissement d'ici au 1er janvier 2033
Chauffage électrique centralisé (chaudière électrique sur réseau hydraulique) Oui Remplacement par une production prioritairement renouvelable
Chauffage électrique décentralisé (radiateurs, convecteurs, sol électrique direct) Oui Trois voies au choix, voir plus bas
Chauffe-eau électrique centralisé Oui Remplacement par une production renouvelable
Chauffe-eau électrique décentralisé Oui Remplacement, ou compensation de 60 % de la consommation
Pompe à chaleur avec résistance de secours Non La résistance ne sert qu'en secours ou en anti-légionelle

Le mot qui compte est « fixe à résistance ». Une pompe à chaleur (PAC) consomme de l'électricité, mais elle n'est pas un chauffage à résistance : elle n'est pas visée. Un plancher chauffant électrique direct des années 1980 l'est, même s'il est discret et fonctionne encore.

Les voies d'assainissement

Chauffage centralisé : une seule voie, le renouvelable

Si une chaudière électrique alimente un réseau d'eau vers des radiateurs ou un chauffage de sol, le remplacement doit se faire par une installation prioritairement renouvelable : PAC, chaudière à bois ou raccordement à un réseau de chauffage à distance (CAD). Le gaz est exclu.

L'avantage : la distribution existe déjà. Notre travail consiste à vérifier les températures de départ qu'exigent les radiateurs, à calculer la puissance réelle du bâtiment selon la norme SIA 384/201 plutôt que de recopier celle de la chaudière électrique, et à intégrer l'eau chaude sanitaire. Une chaudière électrique est presque toujours surdimensionnée ; reprendre sa puissance pour choisir la PAC est l'erreur que nous corrigeons le plus souvent.

Chauffage décentralisé : trois voies

Les radiateurs électriques posés pièce par pièce sont le cas le plus courant dans les villas vaudoises des années 1970 à 1990. Le décret ouvre trois voies :

  1. Remplacer par un système renouvelable, ce qui suppose de créer une distribution hydraulique et une production centrale : PAC air-eau ou sur sondes géothermiques le plus souvent, CAD ou bois selon le site.
  2. Assainir l'enveloppe jusqu'à la classe A, B ou C du CECB. Le chauffage électrique peut alors rester. Sur une villa de 1980, atteindre C suppose en général toiture, façades et fenêtres.
  3. Compenser 25 % de l'électricité consommée par une production renouvelable propre, typiquement du photovoltaïque, à condition que le bâtiment soit déjà au moins en classe D du CECB.

Le choix se calcule. Le CECB Plus, établi par le bureau et signé par un expert certifié inscrit au registre officiel des experts CECB, donne la classe actuelle de l'enveloppe et l'écart jusqu'à C ou D. L'étude de remplacement met ensuite en regard investissement, coûts annuels sur vingt ans et subventions de chaque voie. Nous avons vu des propriétaires partir sur une isolation complète alors qu'une PAC avec des radiateurs neufs coûtait moins ; et l'inverse.

Chauffe-eau électriques : le cas oublié

Beaucoup de propriétaires pensent au chauffage et oublient le chauffe-eau. Le décret le traite pourtant explicitement : un chauffe-eau électrique centralisé doit être remplacé par une production renouvelable ; pour un chauffe-eau décentralisé, une compensation de 60 % de sa consommation par de l'électricité renouvelable est admise. Si le bâtiment est déjà chauffé en renouvelable, le chauffe-eau électrique est exempté.

En pratique, la question se règle avec le chauffage : une PAC bien conçue produit aussi l'eau chaude, avec un stockage ECS dimensionné selon la norme SIA 385/2 et une protection contre les légionelles. Nous n'admettons une résistance électrique dans un chauffe-eau qu'en secours ou pour le cycle anti-légionelle, jamais comme appoint dimensionné.

L'annonce obligatoire : le délai est passé, l'obligation reste

Les propriétaires devaient annoncer leurs installations à la Direction de l'énergie (DGE-DIREN) ou à leur distributeur d'électricité avant fin juin 2025. Ce délai est dépassé, mais le canton indique que l'obligation demeure : il faut s'annoncer spontanément avec le formulaire Excel officiel « Annonce_chauffage_electrique_VD.xlsx », envoyé à chauffage-electrique@vd.ch. Les autres formats ne sont pas traités.

L'annonce porte sur chaque installation, donc sur chaque immeuble. Pour un parc locatif, nous dressons l'inventaire bâtiment par bâtiment avec les régies et gérances, puis nous échelonnons les assainissements sur les budgets annuels : découvrir en 2031 que six immeubles doivent être traités la même année n'est pas un calendrier, c'est un problème de trésorerie.

À savoir : un recours déposé en janvier 2025 a suspendu la directive d'application du Conseil d'État, mais le canton précise que le décret lui-même et le devoir d'annonce restent pleinement en vigueur. Nous conseillons donc de s'annoncer sans attendre et de planifier sur la base du texte du décret, qui n'est pas suspendu.

Source : vd.ch, page « Chauffages et chauffe-eau électriques », consultée le 18.09.2026.

Prolongations, dispenses et dérogations

Pour les chauffages décentralisés, le CECB de l'enveloppe ouvre des délais :

  • classe D ou E : prolongation de cinq ans au maximum, sur requête ;
  • classe A, B ou C : dispense provisoire, réévaluée tous les trois ans ;
  • classe F ou G : aucune prolongation liée au CECB, l'échéance de 2033 s'applique.

Des dérogations au cas par cas peuvent être accordées lorsque des intérêts publics ou privés le justifient, le canton citant notamment l'incapacité financière du propriétaire. Une dérogation se demande avec un dossier : état de l'enveloppe, variantes étudiées, raisons documentées.

Le piège que nous voyons : attendre 2031 pour faire établir le CECB en espérant une prolongation. Si le résultat tombe en F, il ne reste plus le temps d'isoler et de remplacer avant l'échéance, au moment où tous les installateurs seront sollicités. Le CECB se fait maintenant, pour savoir de combien de temps on dispose.

Ce que nous conseillons de faire dès maintenant

  1. S'annoncer au canton avec le formulaire officiel, si ce n'est pas fait.
  2. Faire établir un CECB Plus. Il fixe vos droits à prolongation et il est souvent exigé pour les subventions.
  3. Commander une étude de remplacement. En trois semaines, nous comparons PAC air-eau, sondes géothermiques, CAD et bois, avec investissement, coûts annuels sur vingt ans, CO2, subventions, planning et autorisation. Voir l'étude de remplacement de chauffage.
  4. Déposer les demandes de subvention avant tout début de travaux.
  5. Planifier sur deux saisons de chauffe. Étude, autorisation, appel d'offres et exécution prennent couramment douze à dix-huit mois. Commencer en 2026 ou 2027 laisse une marge ; 2031, plus.

Ce qui pèse dans le coût

Nous ne publions pas de prix : chaque bâtiment se calcule. Mais pour un chauffage décentralisé, où tout est à créer, les postes décisifs sont connus : distribution hydraulique (radiateurs ou chauffage de sol, colonnes, percements), local technique souvent inexistant dans une villa tout-électrique, production et son implantation avec la question du bruit, eau chaude sanitaire, raccordement électrique de la PAC, autorisation, régulation, mise en service. Ce sont les postes qui manquent le plus souvent dans un devis reçu sans étude ; la nôtre les chiffre un par un.

Subventions 2026 pour sortir de l'électrique

Les montants ci-dessous sont ceux des conditions 2026 du Programme Bâtiments vaudois (version 1.1, janvier 2026), à vérifier chaque année.

Mesure Ce qu'elle finance Montant 2026
IP-19 Remplacement de chauffages décentralisés électriques ou fossiles par un chauffage central principalement renouvelable avec réseau hydraulique 15'000.– jusqu'à 250 m² de SRE, puis 60.–/m²
M-05 Pompe à chaleur air-eau ≤ 70 kW 5'000.– (habitat individuel ou puissance ≤ 15 kW), sinon 400.–/kW
M-03 Chaudière à bois automatique ≤ 70 kW 8'500.– (< 20 kW), sinon 4'500.– + 200.–/kW
M-07 Raccordement à un réseau de chaleur Selon conditions du programme

IP-19 et M-05 sont cumulables : c'est la combinaison typique d'une villa qui passe des radiateurs électriques à une PAC avec un réseau neuf. Trois conditions font tomber la subvention : tous les émetteurs électriques décentralisés doivent être déposés (IP-19), aucun appoint fossile n'est toléré sur les mesures jusqu'à 70 kW, et l'enveloppe d'un bâtiment d'avant 2000 doit atteindre au moins la classe E du CECB. Détail sur la page subventions vaudoises 2026.

Deux démarches menées par le bureau

À Bussigny, villa mitoyenne en rénovation énergétique : CECB Plus, valeurs U de l'enveloppe, formulaires EN-VD et dossier de subventions, la séquence exacte qu'impose une sortie du chauffage électrique. À Crissier, villa de 1985 : isolation de la toiture d'abord, puis PAC air-eau de 9 kW dimensionnée sur le bâtiment isolé, ventilation simple flux à récupération de chaleur, photovoltaïque, étiquette CECB et subventions.

Questions fréquentes

Mon chauffage électrique fonctionne très bien. Dois-je vraiment le remplacer ?

Oui, s'il s'agit d'un chauffage fixe à résistance : l'échéance du 1er janvier 2033 s'applique quel que soit son état. Pour un chauffage décentralisé, vous pouvez aussi isoler jusqu'en classe CECB C, ou compenser 25 % de la consommation par du photovoltaïque si le bâtiment est déjà en classe D.

Je ne me suis pas annoncé avant fin juin 2025. Que faire ?

L'obligation subsiste. Annoncez-vous spontanément avec le formulaire Excel officiel adressé à chauffage-electrique@vd.ch. Le décret et le devoir d'annonce restent en vigueur malgré le recours qui a suspendu la directive d'application.

Une pompe à chaleur est-elle un chauffage électrique au sens du décret ?

Non. Le décret vise les chauffages fixes à résistance. Une PAC utilise l'électricité pour déplacer de la chaleur, avec un rendement plusieurs fois supérieur.

Puis-je poser des radiateurs électriques plus performants ?

Non. L'article 30a de la LVLEne interdit le montage et le renouvellement de chauffages électriques fixes à résistance. Les radiateurs « à inertie » ou « intelligents » restent des chauffages à résistance.

Mon chauffe-eau électrique est-il aussi concerné ?

Oui, avec la même échéance. Un chauffe-eau décentralisé peut rester si 60 % de sa consommation est compensée par de l'électricité renouvelable ; il est exempté si le bâtiment est déjà chauffé en renouvelable.

Puis-je obtenir une prolongation au-delà de 2033 ?

Pour un chauffage décentralisé, cinq ans au maximum sur requête si l'enveloppe est en classe CECB D ou E ; dispense provisoire réévaluée tous les trois ans en classe A, B ou C. Des dérogations au cas par cas existent, sur dossier.

Quelles subventions puis-je cumuler pour une villa tout-électrique ?

Typiquement IP-19 (15'000.– jusqu'à 250 m² de SRE, puis 60.–/m²) pour la création du chauffage central renouvelable, cumulée avec M-05 (5'000.– pour une PAC air-eau en habitat individuel). La demande doit être acceptée avant le début des travaux.

Par où commencer en PPE, avec radiateurs et chauffe-eau électriques par appartement ?

Par une étude qui traite l'immeuble comme un tout : un chauffage central renouvelable suppose une décision d'assemblée, un réseau commun et un local technique. Nous présentons les variantes chiffrées en assemblée. Voir PPE et copropriétés.

Demander mon étude de remplacement — formulaire court (adresse, type de bâtiment, chauffage actuel, e-mail, téléphone) vers /contact ; réponse par un ingénieur, rapport en trois semaines.

Mise à jour : 2026-09-18