Prestations

Rafraîchir sans surconsommer : ce que la loi permet et ce qui marche

Un plateau de bureaux qui monte à 29 °C en juillet n'a pas forcément besoin d'une machine de froid. Il a peut-être besoin de stores extérieurs, d'une ventilation nocturne et d'une régulation qui anticipe le soleil au lieu de le subir. Distinguer les deux situations est notre premier travail, et c'est aussi ce que le droit vaudois et genevois exige avant l'autorisation. Nous ne vendons aucun matériel : nous calculons la charge de froid et écrivons le cahier des charges.

Plateau équipé, gaines et terminaux apparents

Le froid de confort n'est pas un équipement libre

Canton de Vaud

Le montage, le remplacement ou la modification d'une installation de refroidissement ou d'humidification des locaux est soumis à autorisation du service (art. 36 RLVLEne). Deux seuils de puissance électrique spécifique gouvernent le dossier : 7 W/m² en construction nouvelle, 12 W/m² dans l'existant ; au-dessus, l'installation doit être dimensionnée selon SIA 382/1. Le règlement demande aussi de privilégier la ventilation naturelle pour le refroidissement estival (art. 35) et impose un justificatif de protection thermique estivale selon SIA 180 et SIA 382/1 pour tout local refroidi (art. 19c).

S'y ajoute une exigence que beaucoup de dossiers découvrent trop tard : une installation nouvelle ou remplacée doit couvrir au moins 50 % de sa consommation d'électricité par de l'énergie renouvelable, sauf si elle est alimentée à 100 % par une source renouvelable comme l'eau de surface ou la nappe (art. 28b al. 2 LVLEne). Cela se compense le plus souvent par du photovoltaïque en toiture, et se décide à l'étude, pas à la mise en service — c'est la logique des dossiers CAMAC que nous avons montés pour l'assainissement de la climatisation d'agences bancaires, dans le Chablais, sur La Côte, dans les Alpes vaudoises et dans le Nord vaudois. Le justificatif se dépose avec le formulaire EN-VD-5. Enfin, toute installation est présumée de confort sauf si elle relève d'un procédé industriel, de la sécurité ou de la salubrité.

Source : vd.ch, règlement d'application de la loi vaudoise sur l'énergie et présentation DIREN aux professionnels, consultées le 19.09.2026.

Genève

Genève chiffre autrement. L'autorisation énergétique d'une climatisation de confort est délivrée avec l'autorisation de construire, et toutes les mesures permettant d'éviter l'installation doivent d'abord être mises en place. Le besoin se démontre par l'un de deux critères : la température opérative dépasse la consigne plus de 100 heures par an dans un bâtiment neuf, respectivement 400 heures dans l'existant ; ou les charges internes dépassent 200 Wh/m² par jour avec des fenêtres ouvrables jour et nuit, 140 Wh/m² si l'ouverture n'est possible qu'en occupation, 120 Wh/m² si les fenêtres ne sont pas ouvrables. Les mêmes seuils de 7 et 12 W/m² ouvrent une procédure allégée (concept énergétique genevois).

Source : ge.ch, « Installation de climatisation de confort », consultée le 19.09.2026.

D'abord réduire les apports : c'est la loi, et c'est moins cher

La hiérarchie n'est pas une préférence d'ingénieur, elle est écrite dans les deux réglementations.

  • Protection solaire extérieure. Un store ou un brise-soleil arrête le rayonnement avant le vitrage ; un store intérieur ne fait que déplacer la chaleur dans la pièce. Le règlement vaudois pose des exigences sur la valeur g du vitrage combiné à sa protection, sur la commande et sur la résistance au vent — une protection qui se relève par bise ne protège plus, et le calcul doit le dire. Ces choix appartiennent à l'enveloppe : nous les arrêtons avec l'architecte avant de figer la charge de froid, car un store extérieur décidé à temps supprime souvent la machine.
  • Vitrage et enveloppe. Une baie sud non protégée apporte plusieurs centaines de watts par mètre carré ; valeurs U et facteur solaire se choisissent ensemble.
  • Apports internes réels. Éclairage, postes de travail, serveurs, vitrines réfrigérées, cuisson : dans un bureau dense, ils pèsent souvent autant que le soleil, et s'évacuent localement plutôt qu'en refroidissant tout le plateau.
  • Ventilation nocturne et masse. Les nuits d'été restent fraîches en Suisse romande ; un débit majoré de nuit décharge la dalle pour le lendemain.

Free-cooling, géocooling, rafraîchissement par le sol

Le free-cooling refroidit avec l'air extérieur quand il est plus froid que l'air intérieur, sans compresseur ; sur des bureaux, il couvre une large part de la mi-saison. Il ne s'improvise pas sur un monobloc existant : débits, batteries et régulation se vérifient avant de l'annoncer (ventilation double flux).

Le géocooling va plus loin. Quand le bâtiment dispose de sondes géothermiques, le sol sert de source froide directe en été : l'eau des sondes circule dans le chauffage de sol ou dans les batteries de ventilation via un échangeur, le compresseur de la pompe à chaleur (PAC) restant à l'arrêt. Le confort d'été se double d'une recharge thermique du terrain, qui améliore le rendement de la PAC l'hiver suivant ; c'est aussi la variante qui satisfait le plus facilement l'exigence vaudoise de part renouvelable, puisqu'il ne reste qu'une pompe de circulation à alimenter. Nous l'avons mis en œuvre sur une rénovation-surélévation de 24 logements et un immeuble neuf à Prilly, avec des PAC de 90 et 75 kW sur sondes.

Le rafraîchissement par le sol se combine aux deux, avec deux limites à dire avant la signature. La puissance : un plancher rafraîchissant abaisse le pic de deux à trois degrés, ce qui change tout le confort, mais ne tiendra pas 22 °C dans un local très vitré et très occupé. La condensation : si le départ descend sous le point de rosée, le sol devient humide, donc la régulation doit mesurer l'humidité — une ligne du cahier des charges, pas une option de l'installateur.

Pompe à chaleur réversible ou groupe froid dédié

Une PAC réversible inverse son cycle en été et produit de l'eau fraîche avec la machine qui chauffe l'hiver : ni machine supplémentaire, ni emprise, ni second justificatif de bruit. Sur une villa neuve à Orbe, nous avons retenu une PAC air-eau réversible au propane (R290) de 12 kW avec rafraîchissement par le sol. Sur deux bâtiments commerce-habitation neufs à Port-Valais, dont une surface médicale, des PAC air-eau en toiture de 15 et 14 kW assurent chauffage et rafraîchissement par le sol.

Un groupe froid dédié s'impose quand la charge est forte, permanente ou concentrée : plateau de bureaux vitré et densément occupé, commerce alimentaire, cuisine professionnelle, cabinet équipé d'appareils. Sur une rénovation lourde d'un immeuble de bureaux à Genève, nous avons associé sous-station sur chauffage à distance, double flux, groupe froid et régulation, en reprenant le contrôle du dimensionnement de 65 kW hérité du dossier précédent. Pour une nouvelle agence bancaire à Lausanne : concept de rafraîchissement et de régulation, puis exécution, phases 51 à 53.

Dimensionner selon SIA 382/1, avec les charges internes réelles

La charge de froid se calcule local par local : apports solaires selon l'orientation et la protection effective, apports internes selon l'usage réel, transmission, air neuf. Les puissances se justifient selon SIA 382/1, la protection estivale selon SIA 180. Viennent ensuite les émetteurs — sol rafraîchissant, ventilo-convecteurs, cassettes plafonnières, batterie sur la ventilation —, puis la production, le bruit et l'implantation.

Le piège le plus fréquent : les valeurs par défaut de charge interne. Reprendre une valeur de catalogue pour un plateau de bureaux fait grimper la puissance de plusieurs dizaines de pour-cent par rapport à un relevé réel des postes de travail, de l'éclairage et des équipements. Ce surdimensionnement coûte trois fois : à l'achat, au fonctionnement — une machine trop grande travaille par cycles courts et perd son rendement — et au dossier, en faisant franchir les seuils de 7 ou 12 W/m² sans nécessité. Sur une grande surface commerciale à Conthey, l'audit des six zones en toiture a abouti à une variante chiffrée en machine réversible air-eau avec des monoblocs de 40'500 m³/h.

Selon le mandat, nous livrons la note de charge de froid, le justificatif d'autorisation (EN-VD-5 ou dossier genevois), les variantes, les soumissions, l'exécution et la mise en service.

Le bruit des unités extérieures, le piège qui bloque un dossier

Une unité extérieure de froid obéit aux mêmes règles qu'une PAC de chauffage : ordonnance sur la protection contre le bruit, annexe 6, et aide à l'exécution Cercle Bruit 6.21 du 1er février 2025. Le niveau de puissance acoustique déterminant est celui mesuré à 2 °C extérieur, depuis le 1er novembre 2024. La nuit commande, avec une valeur de planification inférieure de 10 dB : 45 dB(A) en degré de sensibilité II, 50 dB(A) en degré III. Et le point d'immission n'est pas la limite de parcelle mais le milieu de la fenêtre ouverte du local sensible chez le voisin.

En rénovation urbaine, le détail le plus coûteux est l'implantation : poser la machine dans un angle rentrant de façade ajoute 6 dB, de quoi faire échouer un justificatif qui passait de justesse. Les corrections sont limitées et connues — capot environ −3 dB, mode nuit −5 dB, écran −6 dB. Le justificatif est le formulaire LN-1a, et nous le remplissons avant de figer l'emplacement, pas après (bruit d'une pompe à chaleur et voisinage).

Questions fréquentes

Peut-on installer une climatisation dans un bureau à Genève ou dans le canton de Vaud ?

Oui, mais le besoin doit être démontré. À Genève, par un dépassement de la consigne de plus de 100 heures par an en neuf ou 400 heures dans l'existant, ou par des charges internes au-delà de 120 à 200 Wh/m² par jour. Dans le canton de Vaud, elle est soumise à autorisation du service, avec dimensionnement selon SIA 382/1 au-delà de 7 W/m² en neuf et 12 dans l'existant.

Faut-il du photovoltaïque pour avoir droit à une climatisation dans le canton de Vaud ?

Pas nécessairement du photovoltaïque, mais une part renouvelable : au moins la moitié de la consommation d'électricité de l'installation, sauf si sa source est 100 % renouvelable. Le solaire en toiture est la compensation la plus courante (solaire thermique et photovoltaïque).

Le rafraîchissement par le sol remplace-t-il une climatisation ?

Non. Il abaisse le pic de deux à trois degrés pour une consommation très faible, ce qui suffit presque toujours dans un logement bien protégé. Pour un plateau de bureaux vitré et densément occupé, il faut des émetteurs adaptés et une régulation qui gère le point de rosée.

Une salle de serveurs compte-t-elle comme climatisation ?

Non : c'est du froid de procédé. Mais la règle vaudoise présume le confort sauf démonstration du contraire, et cette qualification se règle au début du dossier.

Peut-on ajouter du froid sur une installation de chauffage existante ?

Souvent oui, après vérification des émetteurs, de la distribution, de la régulation et de l'isolation des conduites : une conduite d'eau froide non isolée condense dans les faux plafonds et tache les dalles. Le bon moment reste le remplacement du chauffage : une machine réversible choisie alors revient bien moins cher qu'un groupe froid ajouté plus tard, à condition que chaud, froid et ventilation soient étudiés dans le même mandat (ingénierie du bâtiment coordonnée).

Un projet, une échéance, une question ? Écrivez-nous : un ingénieur vous répond, offre écrite sous cinq jours ouvrés.

Mise à jour : 2026-09-19