Prestations

L'eau chaude, le poste qu'on sous-estime toujours

Dans un projet de chauffage, l'eau chaude arrive presque toujours en dernier, en une ligne de devis, avec un volume repris de l'installation précédente. C'est pourtant le poste qui ne dépend ni de l'isolation, ni du climat, ni de la saison.

Distribution sanitaire sur un mur technique

Le seul besoin qui ne baisse jamais

Sur un immeuble mixte d'environ 2'500 m² à Lausanne, le traitement de l'enveloppe a ramené la puissance à installer de 208 à 110 kW. Le besoin d'eau chaude, lui, n'a pas bougé : il dépend du nombre d'habitants, pas de la valeur U des murs. Dans un immeuble bien rénové, l'eau chaude sanitaire représente couramment le tiers ou la moitié du besoin utile annuel — et reste l'un des huit postes qui manquent le plus souvent dans un devis d'installateur (lire un devis).

Dimensionner selon SIA 385/1 et 385/2

La SIA 385/1 fixe les exigences générales — hygiène, températures, matériaux, protection contre la brûlure — et la SIA 385/2 le calcul des besoins et le dimensionnement de la production, du stockage et de la distribution. On ne part pas des appareils sanitaires, mais des habitants.

  1. Le besoin journalier par logement, déduit du nombre de pièces et du standard de l'objet.
  2. Le profil de puisage : une pointe le matin, une le soir. C'est la pointe qui dimensionne, pas la moyenne.
  3. La simultanéité : jamais la somme des débits de tous les robinets. Dans un petit immeuble elle est élevée, dans un immeuble de trente logements elle s'écrase — l'inverse de l'intuition, et l'origine de beaucoup de surdimensionnements.
  4. Le couple volume-puissance : la pointe se couvre par un grand stockage ECS chargé lentement, ou par un stockage contenu chargé à forte puissance. Les deux fonctionnent, pas au même coût d'usage.

Hors logement, le calcul change de nature : pour deux stations de lavage industrielles neuves à Orbe, c'est le process, et non l'occupation, qui impose la puissance.

Charge à puissance modulée plutôt que volume surdimensionné

Notre choix par défaut : dimensionner la puissance de charge et contenir le volume, plutôt que stocker large « pour être tranquille ».

Critère Grand volume, faible puissance Volume contenu, charge modulée
Pertes de garde Permanentes, toute l'année Réduites avec le volume
Temps de séjour de l'eau Long, défavorable à l'hygiène Court, l'eau se renouvelle
Traitement thermique Tout le volume monte en température Rapide, sur un volume utile

Le volume mort est le litrage qu'on stocke, qu'on chauffe et que personne ne puise. Il coûte trois fois : en pertes de garde 8'760 heures par an, en temps de séjour — donc en risque sanitaire — et en énergie de traitement thermique. Avec une pompe à chaleur, une quatrième fois, puisque chaque kilowattheure perdu sort d'un compresseur. D'où notre préférence pour un stockage ECS stratifié, chargé par la régulation.

Légionelles : température, temps de séjour, bouclage

La légionelle se développe dans l'eau tiède stagnante, dans une plage qui correspond exactement au confort d'une douche, et la chaleur l'inactive. Trois leviers, dans cet ordre.

La température. La pratique de la branche retient un stockage à 60 °C au moins et un bouclage qui revient assez chaud pour que le point le plus défavorable ne descende jamais dans la plage critique. Le mitigeage à la température d'usage se fait au plus près des points de puisage, jamais dans le stockage.

Le temps de séjour. Une eau qui circule ne se contamine pas : c'est l'argument sanitaire de contenir le volume et de supprimer les antennes inutiles.

Le bouclage. La conduite de circulation doit être équilibrée colonne par colonne, isolée, et jamais coupée la nuit : un bouclage arrêté huit heures est un incubateur. Le traitement thermique périodique est un garde-fou, pas une stratégie.

C'est le seul usage pour lequel nous acceptons une résistance électrique : en secours ou en anti-légionelle, jamais comme appoint de chauffage dimensionné — ce qui ferait d'ailleurs tomber les subventions vaudoises sur les installations jusqu'à 70 kW.

Remplacer les chauffe-eau électriques individuels

Beaucoup d'immeubles romands ont un chauffe-eau électrique par appartement. En droit vaudois, cette situation est en fin de course.

  • La loi cantonale sur l'énergie interdit le montage et le renouvellement de chauffages électriques fixes à résistance, eau chaude sanitaire comprise.
  • Le décret du 20 décembre 2022 sur l'assainissement des chauffages et chauffe-eau électriques (en vigueur depuis le 1er janvier 2025) fixe l'échéance au 1er janvier 2033.
  • Pour un chauffe-eau décentralisé, une compensation de 60 % par de la production renouvelable est possible ; l'appareil est exempté si le bâtiment est déjà chauffé en renouvelable.
  • L'annonce au canton ou au distributeur reste une obligation du propriétaire.
  • Une classe CECB D ou E permet une prolongation de cinq ans au maximum ; une classe A, B ou C une dispense provisoire réévaluée tous les trois ans.

Centraliser la production est un vrai projet : créer des colonnes d'eau chaude et de bouclage dans un bâtiment habité, trouver la place du stockage, traiter le comptage par logement, et obtenir l'accès à chaque logement le jour prévu — ce dernier point se prépare avec la régie, qui seule tient les baux et les contacts des locataires. Nous chiffrons donc les deux scénarios — centralisation complète, ou production par logement sur une source renouvelable — car le coût de la distribution renverse parfois le classement. La mesure vaudoise IP-19 soutient le remplacement des chauffages décentralisés électriques ou fossiles — 15'000.– sous 250 m², 60.–/m² de surface de référence énergétique au-delà — si le chauffage principal est renouvelable avec réseau hydraulique et si tous les appareils décentralisés sont remplacés (conditions 2026). Voir le décret vaudois et les subventions vaudoises.

Coupler la production à la source de chaleur

Avec une pompe à chaleur

Une pompe à chaleur (PAC) travaille d'autant mieux que la température de départ est basse ; l'eau chaude demande l'inverse du chauffage au sol, et toute l'année. Ce besoin entre dans le calcul de puissance, pas dans un supplément forfaitaire (quelle puissance de pompe à chaleur). Quatre configurations :

  • PAC unique avec mode eau chaude : simple, mais chaque charge dégrade le rendement moyen.
  • PAC dédiée à l'eau chaude, en plus de la PAC de chauffage : chacune reste dans son régime. Intéressant dès que l'eau chaude pèse lourd face au chauffage — le cas d'un immeuble bien isolé.
  • Préchauffage par la PAC, finition par une autre source (réseau de chaleur, bois, solaire).
  • Stockage d'eau technique avec échangeur instantané : on stocke de l'eau de chauffage et l'eau sanitaire se produit au passage ; le volume d'eau potable stagnante devient marginal.

Avec un réseau de chaleur à distance

La sous-station délivre une température élevée sans pénalité de rendement. Deux points de vigilance : les distributeurs imposent en règle générale une température de retour maximale, qu'une charge d'eau chaude mal conçue fait exploser ; et la puissance souscrite doit intégrer la pointe d'eau chaude sans additionner des pointes simultanées. Sur un immeuble de logements à deux entrées à Lancy, nous avons raccordé la chaufferie au réseau GeniLac pour 350 kW, avec une eau chaude sanitaire centralisée sur un chauffe-eau de 1'500 litres (chauffage à distance).

Avec le solaire thermique

Le solaire thermique produit exactement ce dont l'eau chaude a besoin, au moment où la PAC est la moins sollicitée — à condition d'un stockage ECS stratifié et d'une régulation qui ne cannibalise pas la charge par la PAC. Sur un immeuble neuf de sept logements en PPE à Thônex, nous l'avons combiné à une PAC sol-eau de 20 kW, avec 11,8 m² de capteurs dédiés à l'eau chaude. Son vrai concurrent n'est pas le gaz mais le photovoltaïque, car la toiture est une surface finie : sur une villa de 1985 à Crissier, le thermique a été écarté (solaire ou photovoltaïque).

Les erreurs que nous voyons en pratique

  • Bouclage non équilibré. Sans organe de réglage par colonne, la boucle court-circuite le chemin le plus facile : le bout du réseau attend, les occupants laissent couler. S'y ajoutent un circulateur sans régulation et une boucle mal isolée.
  • Chauffe-eau surdimensionné. Le volume est repris d'une installation des années septante, chargée la nuit au tarif réduit. Le besoin a changé, la logique tarifaire aussi ; le volume est resté.
  • Bras morts. Une colonne de buanderie hors service, une antenne laissée après une rénovation de salle de bains : quelques litres d'eau tiède immobiles, à couper au plus près de la conduite principale, pas au robinet.
  • Absence de comptage. Centraliser sans compter par logement crée des litiges de répartition qu'aucun réglage ne rattrape (PPE et copropriétés).

Quelques installations que nous avons étudiées

  • Raccordement au réseau GeniLac, immeuble, Lancy : 350 kW, eau chaude sanitaire centralisée sur un chauffe-eau de 1'500 litres.
  • Deux stations de lavage industrielles, Orbe : production d'eau chaude sanitaire, cahiers de soumission, direction des travaux.
  • Immeuble neuf de sept logements en PPE, Thônex : PAC sol-eau de 20 kW, 11,8 m² de solaire thermique pour l'eau chaude.
  • Rénovation énergétique d'une villa de 1985, Crissier : PAC air-eau de 9 kW, photovoltaïque, solaire thermique écarté.

Questions fréquentes

À quelle température faut-il stocker l'eau chaude ?

Assez chaud pour rester hors de la plage de développement des légionelles dans tout le réseau, point le plus défavorable compris : l'ordre de grandeur retenu par la branche est 60 °C au stockage. Au robinet, c'est l'inverse : le mitigeage se fait près des points de puisage.

Notre immeuble a un chauffe-eau électrique par appartement : que faire ?

Dans le canton de Vaud, l'échéance est le 1er janvier 2033 et l'annonce au canton ou au distributeur est obligatoire. Selon la classe CECB et la source qui chauffe les logements : remplacement, compensation de 60 % par du renouvelable, exemption si le chauffage est déjà renouvelable, ou dispense provisoire.

Une pompe à chaleur peut-elle couvrir toute l'eau chaude ?

Oui dans la plupart des cas, à condition d'accepter que la température demandée est plus élevée que celle du chauffage et que le rendement s'en ressente — d'où l'intérêt d'une PAC dédiée dès que ce besoin devient important.

Faut-il un stockage ou une production instantanée ?

L'instantané supprime le volume stagnant et les pertes de garde, mais exige une forte puissance à la pointe, ce qui convient mal à une pompe à chaleur. En logement collectif, nous aboutissons le plus souvent à un stockage ECS contenu à charge modulée.

Pourquoi l'eau chaude met-elle trente secondes à arriver au dernier étage ?

Parce que le bouclage n'atteint pas ce point, ou qu'il n'est pas équilibré et privilégie une autre colonne. Le diagnostic se fait par relevé des températures de départ et de retour de boucle. Le remède est hydraulique, rarement une machine plus grande.

Envoyez-nous les consommations, le nombre de logements et une photo de la chaufferie : nous calculons le besoin réel d'eau chaude et nous proposons une production dimensionnée, pas recopiée, dans le cadre d'une étude de remplacement de chauffage remise en trois semaines. Demander une offre · Nous appeler au +41 79 257 46 00., offre écrite sous cinq jours ouvrés. Contact.

Mise à jour : 2026-09-19