Air-eau ou géothermie : la décision en sept critères
Les deux machines font le même métier : prendre de la chaleur dehors et la rendre dedans à une température utilisable. Tout le reste diffère. Une pompe à chaleur (PAC) air-eau puise dans l'air extérieur ; une PAC sol-eau puise dans le terrain, par des sondes verticales forées sous la parcelle.

Nous étudions les deux en parallèle dans la plupart de nos dossiers, et la conclusion n'est pas toujours celle qu'on attend. Voici notre grille, critère par critère.
La grille de décision
| Critère | PAC air-eau | PAC sol-eau sur sondes |
|---|---|---|
| Investissement | le plus bas des deux | surcoût du forage, souvent déterminant |
| Rendement annuel | bon, dégradé par le froid | meilleur et stable toute l'année |
| Bruit | unité extérieure, justificatif obligatoire | aucune émission extérieure |
| Place | quelques m² dehors, distances aux voisins | accès pour la foreuse, distances aux limites et aux ouvrages |
| Autorisation | dispense, annonce ou permis selon le cas | autorisation cantonale de forage en plus |
| Durée de vie | la machine | la machine, mais des sondes qui la survivent largement |
| Subventions | mesure M-05 du Programme Bâtiments | mesure dédiée aux PAC sol-eau, conditions à vérifier |
Un tableau ne dit pas quel critère l'emporte sur votre bâtiment ; les sections qui suivent expliquent chaque ligne.
Les sept critères en détail
1. L'investissement
L'écart se concentre dans le forage, qui se paie au mètre, plus le raccordement hydraulique jusqu'à la chaufferie. Nous ne publions pas de prix, mais l'ordre des grandeurs est constant : une installation sur sondes coûte sensiblement plus cher à l'achat qu'une air-eau de même puissance, et l'écart se resserre quand la puissance monte.
Le bon calcul n'est pas l'investissement seul, mais le coût annuel sur vingt ans, subventions déduites, avec le bilan de CO₂ : c'est le contenu de notre étude de remplacement de chauffage.
2. Le rendement
Le terrain, à quelques dizaines de mètres de profondeur, reste à une température stable de l'ordre de dix degrés toute l'année. L'air extérieur descend à la température de dimensionnement du lieu au pire moment de l'hiver. Deux conséquences : le rendement saisonnier d'une PAC sol-eau est meilleur et régulier, alors qu'une air-eau consomme beaucoup plus les jours froids, quand le besoin est maximal ; et la puissance disponible d'une machine air-eau chute par grand froid — une machine annoncée à 7 °C fournit nettement moins à −7 °C, le point de dimensionnement retenu par le canton et par nous. C'est là que se cachent les résistances électriques d'appoint, que nous n'admettons qu'en secours ou pour l'anti-légionelle. Voir quelle puissance de pompe à chaleur.
3. Le bruit
C'est le critère qui tranche le plus souvent en zone dense. Une PAC air-eau a un ventilateur : sa puissance acoustique à 2 °C extérieur est la valeur déterminante depuis le 1er novembre 2024, la nuit est déterminante, et le justificatif se fait sur le formulaire LN-1a jusqu'au milieu de la fenêtre ouverte du local sensible du voisin — voir bruit de pompe à chaleur et voisinage. Une PAC sol-eau n'a pas d'unité extérieure : la question ne se pose pas.
Sur une parcelle étroite, avec des fenêtres de chambre à quelques mètres en degré de sensibilité II, il arrive que le forage soit la seule solution conforme. Le surcoût n'est alors plus un choix.
4. La place et le sous-sol
Une PAC air-eau demande quelques mètres carrés dehors, un dégagement pour l'air et un emplacement qui évite l'angle rentrant, cette configuration à deux murs qui ajoute 6 dB au calcul.
Un forage demande un accès pour la machine, un dégagement en hauteur, des distances aux limites et aux ouvrages voisins, et surtout un sous-sol autorisé. L'admissibilité se vérifie sur les cartes cantonales avant toute étude détaillée : certaines zones sont exclues, notamment autour des captages d'eau potable. Sur les grandes installations, un test de réponse thermique renseigne sur la conductivité réelle du terrain. Voir sondes géothermiques.
5. L'autorisation
Côté air-eau, le canton de Vaud connaît trois régimes : dispense, annonce ou permis de construire, avec le justificatif de bruit dans tous les cas. Côté sondes, la procédure communale s'accompagne d'une autorisation cantonale de forage. Ce n'est pas plus difficile, c'est plus long, et cela s'anticipe dans le planning. Voir autorisation d'une pompe à chaleur dans le canton de Vaud.
6. La durée de vie
Les deux machines ont une durée de vie comparable, de l'ordre de celle d'une chaudière. La différence est ailleurs : les sondes durent bien plus longtemps que la machine qu'elles alimentent. Au remplacement suivant, le propriétaire d'une installation géothermique ne rachète qu'une machine, sur un champ de sondes déjà payé et déjà autorisé. Ce raisonnement compte pour un immeuble ou une PPE qui pense en décennies ; moins pour un propriétaire qui revendra dans cinq ans.
7. Les subventions
Le Programme Bâtiments vaudois soutient les deux solutions, par des mesures distinctes. Pour une PAC air-eau jusqu'à 70 kW, la mesure M-05 donne 5'000 francs pour l'habitat individuel ou une puissance jusqu'à 15 kW, sinon 400 francs par kilowatt de puissance à A-7/W34, plafonnée à 50 W par mètre carré de surface de référence énergétique. Elle exige une production entièrement renouvelable, des vannes thermostatiques, une garantie de performance SuisseEnergie au-delà de 15 kW, et pour les bâtiments d'avant 2000 une classe CECB de l'enveloppe entre A et E — entre A et C au-dessus de 1'000 mètres.
Pour une PAC sol-eau, le programme a sa propre mesure (M-06 dans la nomenclature cantonale) ; son montant et ses conditions figurent dans les conditions d'octroi en vigueur, republiées chaque année, et nous les vérifions dossier par dossier plutôt que de citer un chiffre périmé. Dans les deux cas, la demande se dépose avant les travaux, et aucun appoint fossile n'est toléré jusqu'à 70 kW : un brûleur gaz de secours fait tomber la subvention.
L'altitude n'est plus un argument juridique
Jusqu'en 2025, le canton de Vaud limitait les PAC air-eau au-dessus de 1'000 mètres d'altitude. Cette limite est supprimée depuis le 1er janvier 2026, à la suite d'une décision du Conseil d'État du 1er octobre 2025. L'argument en altitude n'est donc plus une interdiction, mais la physique : une machine air-eau perd puissance et rendement quand la température baisse, et son ventilateur tourne plus vite, donc plus fort. Notre siège est à 840 mètres. En revanche, la condition de subvention d'une classe CECB A à C au-dessus de 1'000 mètres subsiste, et c'est souvent le vrai obstacle.
Deux dossiers réels
Grandvaux, villa neuve. PAC sol-eau de 9 kW sur deux sondes de 140 mètres, chauffage au sol à 35/28 °C, géocooling intégré et double flux. La parcelle permettait le forage, le maître d'ouvrage construisait pour y rester, et le géocooling — rafraîchir l'été en rechargeant le terrain avec la chaleur du bâtiment — a emporté la décision. Aucune unité extérieure, donc aucun justificatif de bruit.
Orbe, villa neuve. PAC air-eau réversible au R290 de 12 kW, rafraîchissement par le sol, variantes de production comparées et formulaires EN-VD. Ici le rafraîchissement est actif, avec une consommation d'été que le géocooling n'a pas ; en contrepartie, pas de forage, un investissement plus bas et un planning plus court.
Les mêmes arbitrages se rejouent en immeuble : pour un immeuble neuf de trois logements Minergie à Lausanne, nous avons comparé air-eau et géothermie avant de trancher. À Prilly, une rénovation-surélévation de 24 logements plus 8 et un immeuble neuf fonctionnent sur sondes, avec des PAC de 90 et 75 kW et du géocooling ; à Thônex, sept logements en PPE tournent avec 20 kW sur deux sondes de 240 mètres.
Comment nous tranchons
L'ordre est toujours le même : bilan thermique SIA 380/1 et puissance SIA 384/201, admissibilité du sous-sol, calcul de bruit sur la variante air-eau avec le point d'immission réel, puis comparatif des coûts annuels et du CO₂ présenté au propriétaire ou à l'assemblée. Dans ce comparatif, nous n'avons aucun intérêt à l'une ou l'autre solution : nous ne vendons aucun matériel.
Questions fréquentes
La géothermie est-elle toujours plus économique à l'usage ?
En consommation, presque toujours. Le total sur vingt ans dépend du surcoût de forage, de la puissance et des subventions obtenues ; c'est un calcul, pas une règle.
Peut-on forer sur une petite parcelle en zone villas ?
Souvent oui, avec deux sondes et un accès de chantier étudié, si le sous-sol est admissible et les distances respectées. La vérification sur les cartes cantonales prend peu de temps et évite d'étudier une variante impossible.
Le géocooling remplace-t-il une climatisation ?
Il abaisse de quelques degrés la température des locaux en faisant circuler le fluide du terrain dans le chauffage au sol, sans compresseur. Ce n'est pas une climatisation : il ne déshumidifie pas et ne tient pas une consigne.
Une PAC air-eau réversible suffit-elle pour rafraîchir ?
Oui, comme à Orbe, avec des émetteurs compatibles et une régulation qui évite la condensation au sol. Elle consomme en été ce que le géocooling ne consomme pas ; l'arbitrage se fait sur le confort attendu.
Que faire si la chaudière est déjà en panne ?
Une variante sur sondes demande un forage et une autorisation cantonale : en urgence, elle est rarement praticable. D'où l'intérêt d'étudier les deux variantes deux saisons de chauffe à l'avance, chaudière encore en fonction.
Michael Zgraggen, ingénieur HES
comparatif air-eau et géothermie chiffré sur vingt ans, estimation des aides comprise, réponse par un ingénieur.
Mise à jour : 2026-09-19